L’allaitement m’a aidé à tenir le coup

Avant mon accouchement, je vous parlais de mon désir d’allaiter dans cet article. Le jour-J, lorsque la sage-femme m’a demandé si j’avais un projet de naissance, je lui ai tout simplement répondu que je souhaitais allaiter. Elle m’avait répondu qu’ils feront le maximum mais que tout dépendra de la santé de mon bébé et que c’est le service cardiologie qui émettra son accord. Juste après avoir accouché, je n’ai pas pu avoir ce peau à peau que j’espérais tant pour ce deuxième bébé et que je n’avais pas pu avoir aussi pour mon premier bébé… décidément. J’ai rejoins Sohan dans sa chambre au service cardiologie (il n’a jamais été dans ma chambre dans le service maternité. Chambre d’ailleurs que j’ai complètement déserté pour être aux côtés de lui) et j’ai alors demandé si je pouvais l’allaiter et le personnel m’a répondu que oui mais qu’il fallait qu’il reste constamment branché aux machines. J’ai donc appris à prendre mon bébé d’une certaine façon, à le manipuler avec tous les fils. Au début j’avais peur mais après on prend l’habitude et on fini presque par oublier ces fils. Ça m’arrivait de décoller une électrode sans faire exprès mais je savais remettre. La première tétée fut une évidence. Sohan a tout de suite téter comme un chef. J’ai ressenti clairement la différence avec Eden qui n’avait pas de succion et où la mise au sein était beaucoup plus compliqué. Des tétées sur un fauteuil à côté de son lit, le même pendant des jours qui s’inclinait légèrement, dans lequel j’ai dormi (pas de lit pour moi car Sohan était en chambre double) avec de gros accoudoir qui m’empêchait de mettre un coussin de maternité. J’ai finalement appris à l’allaiter sans coussin. Tout comme j’ai appris à l’allaiter sans trop d’intimité puisque le personnel devait prendre toutes les 3h les constantes de Sohan (prise de pouls/cardiaque de tous ses membres). Au bout de quelques jours le personnel s’est calé sur les tétées pour lui prendre car il était plus calme sur moi et les mesures étaient plus proches du « réel » contrairement à lorsqu’il pleurait ou était agité. Imaginez-vous en train d’allaiter avec des infirmières qui manipulent votre bébé lors de la tétée. Bien évidement rien n’a été décidé sans mon consentement mais il ne fallait pas être pudique ! Mais je me sentais utile. Mon contact et mon odeur le rassurait, cessait ses pleurs après une prise de sang ou la pose d’un cathéter par exemple. J’étais toujours là, je n’osais même pas m’absenter quelques minutes prendre l’air, de peur de rater un de ses besoins. Je devais être là. Et pourtant par moment j’avais bien besoin de souffler… cette situation était lourde et pesante, l’attente était insoutenable. Peu de repos car il y avait aussi toutes ces manipulations quotidiennes (échographies de son cœur plusieurs fois par jour, prises de sang, de médicaments etc), le bruit des machines… multipliés par deux car nous n’étions pas seul dans la chambre. Sohan partageait sa chambre avec un autre bébé qui avait aussi besoin de soin et de surveillance comme lui. Je dormais très peu. Par tranche d’une heure. Il y avait toujours du passage dans la chambre.

Notre allaitement a été surveillé de très près aussi car il ne fallait pas que Sohan perde trop de poids en vue de l’opération à venir. De ce fait les infirmières et auxiliaires me délivraient pleins de conseils et s’assuraient que Sohan prenne au mieux le sein, c’était le point positif de notre séjour prolongé. J’étais extrêmement encouragée par l’équipe qui me disait avoir peu de mamans allaitantes dans leur service compte tenu des conditions peu optimales dans ce genre de cas. Le lendemain de sa naissance, il a perdu à peine 100 grammes, puis il a dépassé son poids de naissance le jour d’après. Il se nourrissait très bien de mon colostrum mais il fallait que ma montée de lait arrive vite. Alors en plus des tétées régulières de mon bébé, j’ai également stimulé au tire-lait électrique. L’hôpital Necker dispose de salles spécifiques dans lesquelles des tire-lait sont mis à disposition pour permettre aux mamans de tirer aisément, surtout pour celles dont les séjours sont plus longs car les tire-lait sont généralement prescrits à la sortie. 3ème jour, poitrine gonflée au maximum… le lait est bien là et Sohan continue à prendre du poids.

5ème jour, nous apprenons que nous sommes transférés à un autre hôpital moins surchargé, qui pourra opérer Sohan dans de meilleurs délais. Le SAMU arrive dans l’heure où j’ai appris la nouvelle, direction Marie Lannelongue au Plessis Robinson où j’apprends dès mon arrivée que Sohan passera au bloc le lendemain à 8h du matin. Tout est allé si vite mais j’étais soulagée de savoir que son petit coeur allait enfin être réparé. Le personnel a été d’une gentillesse extrême, au petits soins et très à l’écoute. Pour nous préparer à la réanimation, les infirmières nous ont montré une poupée un tubé, avec des fils partout et nous ont expliqué à quoi servait tous les fils, comment ils étaient mis et à quel moment retiré… c’était déjà impressionnant de voir tout ça sur une poupée en plastique. J’avais du mal à imaginer Sohan dans ces conditions et pourtant ça allait être le cas. Je vois ensuite l’anesthésiste qui m’explique que Sohan doit être à jeun. Comme il était allaité et que le lait maternel se digère plus vite, il pouvait rester à jeun à partir de 5h du matin pour une intervention à 8h. Sohan a donc tétée de 4h20 jusqu’à 4h50. On a fait le plein de câlin. Il a ensuite été lavé par les infirmières ce qui l’a bien apaisé jusqu’à son passage au bloc où il ne s’est pas réveillé. Je devais éviter de le prendre dans mes bras juste avant pour ne pas le réveiller ou l’exciter avec mon odeur. Je l’ai ensuite accompagné jusqu’aux portes du bloc où je l’ai embrassé avant de le voir partir. J’ai retenu mes larmes devant le brancardier mais je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer dans l’ascenseur. Pendant toute la durée de son opération, je suis restée plutôt sereine. J’ai tiré mon lait vers 10h puis vers 12h30, Sohan sortait du bloc pour aller en réanimation où nous avons pu le voir avec mon mari vers 13h30. Je ne m’étalerai pas, c’était dur de le voir comme ça mais je n’ai pas pleuré. Nous sommes ensuite rentrés à la maison, sans Sohan. J’ai pu retrouvé mon plus grand et passer du temps avec lui… il m’avait terriblement manqué. J’ai tiré mon lait (avec le tire-lait électrique Medela Symphony loué sur le site Suckle, livré en express à mon domicile) que je prévoyais d’apporter le lendemain à l’hôpital car ils comptaient lui retiré la sonde qui l’alimentait et prévoyait de lui donner mon lait au DAL. Nous avons pu appeler le service réanimation à n’importe quelle heure de la journée et nuit (même a 3h, 5h… lorsque je me levais pour tirer mon lait). Le lendemain, je lui ai rendu visite et j’ai apporté mon lait fraîchement tiré la veille. il était beaucoup moins branché mais toujours un peu sous morphine. J’ai même pu le prendre dans mes bras et lui donner mon lait à la seringue même s’il cherchait à téter (c’était bon signe, il commençait à avoir faim) mais comme il était faible, il était préconisé de lui donner au DAL.

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Il est sorti de réanimation le lendemain, soit 2 jours après son opération, je l’ai rejoins dans sa chambre. Enfin plutôt notre chambre car j’avais aussi un lit cette fois.

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Il était 13h lorsque je suis arrivée et les infirmières m’attendaient pour que je puisse lui donner le sein. Il a mis un peu plus de temps que d’habitude à téter mais il a réussi, j’étais si heureuse de le retrouver et de le sentir contre moi. On ne s’est pas quitté de la journée. Les jours suivants, Sohan avait perdu du poids suite à son opération (en dessous de son poids de naissance même…). C’était normal. Il récupérait petit à petit. Chaque tétée et scelle devait être notifié et était surveillé. J’avais hâte de rentrer à la maison et débuter enfin notre vie à 4.

Quant à moi, j’allais mieux moralement mais mon corps beaucoup moins, il me lâchait. Je commençais à ressentir une sensation de pesanteur et une infection urinaire. Les tranchées devenaient de plus en plus douloureuses. La fatigue était plus forte. J’ai l’impression que durant toute la durée de l’hospitalisation de mon fils, mon corps s’était conditionné à ne rien laisser transparaitre. Il fallait qu’il soit opérationnel pour pouvoir m’occuper de mon fils. Je n’avais pas donné le droit à mon corps de montrer un signe de faiblesse… je ressentais toutes les douleurs post-accouchement supposé ressentir juste après. J’ai pris du doliprane et du spasfon alors que juste après avoir accouché, je n’avais avalé aucun médicaments. C’était l’adrénaline qui masquait mes douleurs et avait comme « anesthésier » mon corps. Une fois l’opération passée et la santé de Sohan qui allait mieux, la pression est redescendue et je sentais tout, c’était éprouvant.

L’allaitement m’a aidé à tenir durant cette épreuve. Je me sentais utile de pouvoir lui apporter en plus du lait maternel, du réconfort. J’ai pu lui donner tout l’amour et toute ma force grâce à ce lien. Je n’avais pas le droit de baisser les bras, je me l’etais interdit, je m’accrochais pour lui. On ne va pas se mentir, les débuts de l’allaitement sont difficiles et parfois douloureux mais c’est tellement magique. Je ne regretterai pour rien au monde d’avoir fait ce choix et de ne pas avoir lâché. Les conditions ont été certes peu optimales, mais en s’armant de patience et de volonté (et en prime un bébé qui tète bien)… l’allaitement a pour le coup, fonctionné ! Nous avons tissé un lien unique et ce besoin de contact mutuel. On a beau me dire qu’il est trop collé à moi, que je l’ai habitué au bras… personne ne peut comprendre ce que nous avons traversé (sauf ceux qui ont eu  le même parcours). Voilà déjà 1 mois que nous avons parcouru ce chemin et je nous souhaite une belle aventure lactée mais surtout une bonne santé.

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